Pourquoi cet autodialogue ?

Mettre par écrit ce que je pense être, ce que je pense penser, ce que je pense croire, pour arriver à trouver ses propres biais et certaines limites de ses propres raisonnements.

Mais est-ce complet... ?

Non, et pas suffisant. Second pourquoi : une thèse, vraiment ?

C'était le but à l'origine. Mais la réalité que j'en ai constaté diffère des beaux idéaux de présentation. Comme toute candidature, c'est un jeu d'influence et d'intérêts (les intéressés, s'il lisent ce texte, se reconnaîtront).

C'est assez logique, somme toute : la relation entre un directeur de thèse et un doctorant. Personne n'a eu le coup de foudre pour mon sujet et ma personne !

Blague à part, lorsque l'on souhaite - veux - porter un projet en admettant par principe que l'on va partir de l'existant (Sciences Politiques, Sciences de gestion, Intelligence Économique) pour le remettre en cause et très probablement arriver sur des conclusions bien différentes et bien moins certaines que ce l'on veut admettre, c'est rare de déclencher un tonnerre d'enthousiasme.

L'Intelligence Politique veut réinventer la roue alors ?

Réinventer je ne sais pas, mais (re-)démontrer que l'arrondi d'une roue, à commencer par le pneu, est tout sauf une matière lisse, très certainement.

Je pars d'un principe, qui est l'un des deux piliers de l'IP : rien n'est certain. Strictement rien, car la décision politique, publique, et, soyons honnêtes la décision tout court, s'appuie avant tout sur l'Homme. Jusqu'à l'arrivée d'IA suffisamment développée ?

Le matin, brûlez vous avec du café, perdez vos clé, soyez dans une période psychiquement un peu difficile... vos décisions seront-elles absolument rationnelles au cours de la journée ? Très probablement pas, même avec la meilleur volonté du monde.

Pour être honnête, je ne sais pas si aujourd'hui nous pourrions admettre dans une science “noble” (comme les Sciences Politiques) l'incertitude et l'imprévision comme général et systématique.

Et si tu avais tort ?

Et si j'avais raison ? La politique, c'est comme le ciel : quelle définition, quelle limite ?

Un enfant vous dira qu'il est bleu, que les nuages volent et que le soleil est rond comme la lune, que les étoiles sont toutes petites et qu'il y a des oiseaux.

Un scientifique vous dira qu'il est noir, que la couleur est donnée par la couleur de la lumière du sol dans différents strates de l'atmosphère puis du vide, que les nuages sont des concentrés de vapeur d'eau et différents composés en suspension, que notre système solaire est petit comparé aux autres, que les étoiles ne sont en réalité que des représentations de la lumière qui a traversé le ciel pendant des milliers d'année et que l'espace est principalement composé de vide et d'inconnu.

L'artiste vous dira que le ciel est l'un des deux plans, qui rejoint le sol à la ligne d'horizon. Il peut être de toutes les couleurs et toutes les dimensions, de toutes les formes.

Le poète vous dira que c'est la chose la plus merveilleuse et que c'est une représentation de la dualité entre jour et nuit, vie et mort, que les étoiles sont des représentations de l'âme des disparus, que le ciel est la carte du voyageur qui le guide à travers l'océan nommé Vie.

Le prophète vous dira que le ciel, c'est Dieu, le Bien.

A chacun sa légitime part de vérité, du haut de ses observations, que modestement je résume ici :

  • une vision simple mais partagée et directement accessible (l'enfant),
  • une vision complexe qui explique la nature des choses et distingue des niveaux de réalité - perçue et probable (le scientifique),
  • une vision sublimée (l'artiste),
  • une vision empreinte d'émotions qui traduit la pensée sensible (le poète),
  • une vision sur le sens de choses et du but, de la moralité (le prophète).

Parole très “politique” pour le coup... une parabole, oui mais encore ?

Cela rejoint l'autre pilier où seule la représentation du monde est considérée comme plutôt fixe, connue, claire et modélisable d'une façon compréhensible. Qui peut aujourd'hui, même les intéressés, expliquer le fonctionnement d'un cabinet ministériel et modéliser les luttes d'influence qui couvent ? Qui peut expliquer comment se forme des majorités où chaque élu a son propre réseau, ses intérêts, parfois contradictoires avec ce qu'il défend ?

Quelle est la définition du politique, quelles sont les limites ?

Je propose une définition claire de mon objet d'étude : l'Intelligence Politique, c'est l'étude de la décision publique et des moyens d'y parvenir dans le cadre d'institutions publiques, par l'ensemble des personnels, élus ou non, qui y concourent.

Contrairement aux Sciences politiques, l'idéologie et l'histoire ne sont pas le fondement de la pensée mais une composante de l'esprit du décideur dans un schéma plus large. L'idéologie est une influence comme une autre, qui aide ou construit une vision du monde. L'histoire est un regard qui tente l'objectivité à partir de faits et qui concourent à construire une vision du monde.

Bref : rien de certain, pas de règles... où aboutir ? Qu'est ce qui en ressortira ?

Des modèles de pensées, de prises de décision ? Peut-être rien.

N'est ce pas faire de la philosophie de bas étage ?

Oui et non : la philo est la base de toute science. Je ne peux et ne veux me substituer à la philo et aux Penseurs autrement plus qualifiés (et doués). Ici, c'est aussi du concret et parfois peu “moral” : comment on gagne une élection, quels sont les moyens d'influer, comment s'organise et se traduit le pouvoir, comment tous les acteurs interagissent entre eux.

Tu es engagé en politique, cela se traduit (traduira) forcément dans tes textes. Es-tu légitime à faire ce travail ?

Non, probablement pas. Je tenterai ce travail, avec ou sans thèse. Je porte une certaine vision du monde, où la liberté d'entreprendre est permise et encouragée, mais aussi un système équilibré. Social-démocrate, centriste, modérée, progressiste: choisis mon camp camarade.

Mais si je suis engagé, c'est aussi un coeur de système que je côtoie, où j'agis, que je connais et observe plus facilement. Une certaine division de la personnalité... !

Qui ne porte pas de valeurs ? Quelqu'un peut-il se poser ces questions sans s'y intéresser ? J'en doute.

Cela ne sera donc pas un travail universitaire au sens strict du terme...

Si cela n'est pas reconnu par des futurs pairs, non. Cela ne sera pas reconnu comme tel. Tout juste un vague “machin” (aurait dit le Général).

… Tant pis ?

Frusté, déçu, c'est sûr. Je n'y suis pas encore !

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